FILM:

28e FESTIVAL DU FILM

DE LA ROCHELLE
Drôle d'endroit pour une rencontre
FERNANDO ARRABAL ET ALEJANDRO JODOROWSKY

 

Ouverture arrabalowskienne pour le Festival de La Rochelle. Les deux rescapés du groupe Panique ont fait leur numéro dans une Coursive où planait l'ombre des surréalistes

Fernando Arrabal et Jodorowsky se sont retrouvés à la même table pour une séance de dédicaces, théâtre, romans, poésie et bandes dessinées

 

PIERRE-MARIE LEMAIRE

Ils ont 25 ans, ne savent rien d'Arrabal, à peine plus de la Guerre d'Espagne et «l'Arbre de Guernica » les a plutôt secoués. Ils ont trouvé le film « très fort dans sa dénoncia-ion de la barbarie », « un peu excessif peut-être » mais plein d'une « symbolique surréaliste »qui les a touchés.
Ça leur a donné l'envie de rouvrir leurs bouquins d'histoire à la page 1936. Il a la quarantaine passée, Arra-bal lui rappelle ses années « Péril jeune ».
Du cinéma d'Arrabal, on dit qu'il ne laisse personne indifférent. C'est un euphémisme. Mais que dire alors de l'homme! Samedi à la Coursive, devant un public nombreux et conquis, il a exécuté un véritable one man show brillantissime, à la Dali, accent appuyé, 'jota" à rallonge et ego surdimensionné jusqu'à l'autodérision. Jean Loup Passek en est resté muet, ce qui est une autre sorte de prodige.

« CAFARRRDS
ET F0 UERRRMIS»

Qu'on se le dise, Fernando Arra-bal n'est pas un touche-à-tout, mê-me de génie: «Je ne touche pas, je plonge. » Et pour plonger, il plonge: dans le théâtre, la poésie, la peinture, le cinéma, sans oublier les mathématiques et les échecs, sa vé-ritable passion, celle qui unifie toutes les autres.
L'unité, c'est le mot clé de l'univers arrabalesque. Il invoque les mânes du premier des philosophes ioniens, Thalès de Millet, qui voyait dans une goutte d'eau « toute la philosophie et la science du mon-de».

Il remonte au dieu Pan, "le tout", l'incarnation de l'Univers dans la mythologie grecque, qui a donné son nom au groupe Panique. Il cite Octavio Paz, Borges, Bunuel et tous ses glorieux compagnons de route du Collège de pataphysique dont il est l'un des derniers satra-pes.

« J'ai parcouru toutes les sé-quences de la modernité dont la pataphysique est le dernier avatar. Sa devise, c'est: la science de l'in utile et du savant. Le cinéma est pata-physique, le jeu d'échecs aussi » Et d'embrayer sur un hommage vi-brant au professeur américain, Andréw Wilson spécialiste incontesté de « ces animaux sublimes que sont les cafarrrds, bien plus sublimes que les fourrrmis », et dont la danse nuptiale n'est pas sans rapport... avec le cinéma.

Une seule fois, son sourire de faune malicieux s'est effacé : quand Jean-Louis Passek a évoqué la dis-parition de son père, Francesco Arrabal, évadé des prisons franquis-tes en 1942 et dont il n'a plus jamais eu signe de vie.

Une absence qui, depuis «Viva la muerte », son film le plus directe-ment autobiographique, a marqué toute son oeuvre.


Morceaux choisis
- «On vit une épopue formidable. Dans les trois acceptions du terme: très belle; très grande; et qui fait très peur.»

- Théâtre. «Une pièce de théâtre mal montée, c'est une horreur. Surtout une pièce d'Arrabal.

- Cinéma. «J'ai fait six longs-métrages, et après le sixième, j'ai fait comme Dieu : je me suis reposé.

- Premiers pas. « Quand j'ai fait mon premier film, je n'y connais-sais rien au cinéma. J'ai dit au caméraman, voilà, je veux que la camé-ra glisse de ce point - là à l'autre point. Il m'a répondu : oui, ça s'appelle un travelling.»

- Foi.« J'aimerais croire en Dieu. Je prie tous les matins pour y arriver, mais ça ne marche pas.»